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Football : Vincent Labrune s’invite à la tête de la Ligue sur fond de querelles entre clubs

Football : Vincent Labrune s’invite à la tête de la Ligue sur fond de querelles entre clubs
Le présentateur et ancien président du PSG, Michel Denisot, était pressenti mais c’est finalement un ex-patron de l’OM qui a été élu à la tête d’un football professionnel français plus divisé que jamais.

Une élection à la présidence de la Ligue de football professionnel (LFP) ressemble parfois à un conclave au Vatican. On y entre pape et on en sort cardinal. Michel Denisot en a fait l’amère expérience ce jeudi.

Donné grand favori, le journaliste et animateur – mais aussi ancien président de club, au Paris-Saint-Germain (PSG) et à Châteauroux – a vu Vincent Labrune lui griller la politesse pour succéder à Nathalie Boy de la Tour, élue en 2016 et qui passait son tour.

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A 49 ans, Labrune effectue un retour surprise dans le monde du football professionnel français après son départ (ou plutôt son éviction) de la présidence de l’Olympique de Marseille (OM), poste qu’il a occupé entre 2011 et 2016. Désigné pire patron de l’OM par le quotidien La Provence, cet Orléanais aux cheveux mi-longs et à l’allure de dandy hérite pour quatre ans d’un poste aussi prestigieux qu’exposé. Surtout dans le contexte actuel.

Sorti du bois au dernier moment

Avec la crise sanitaire et l’arrêt des saisons de Ligue 1 et de Ligue 2, le football français a offert le spectacle d’une famille déchirée, en particulier au sujet des classements à arrêter. Pendant des semaines, les présidents de clubs se seraient volontiers envoyé de la vaisselle sale à la figure si cela était techniquement possible par visioconférence. « Je connais la complexité de la tâche, la situation du foot français et la crise qu’on traverse », a d’ailleurs admis le nouveau patron de la LFP dans sa première déclaration.


Son élection raconte aussi les divisions du football hexagonal. Si Labrune a coiffé le favori au poteau, c’est parce qu’il a été poussé par plusieurs présidents de Ligue 1 (comme ceux de Nice, Lorient, Montpellier, Reims, Nantes) élus au sein du nouveau conseil d’administration de la LFP pour faire barrage à un Denisot soutenu, lui, par la majorité des formations de Ligue 2, mais aussi le PSG, Lyon et Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football (FFF).

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Discret sur ses ambitions, Labrune est sorti du bois au dernier moment. Mais cet ancien homme de télé, lui aussi – notamment aux côtés de Jean-Luc Delarue dans la société Réservoir Prod –, avait avancé ses pions depuis plusieurs mois. Ainsi, il a toujours gardé le contact avec ses anciens camarades présidents avec son entregent naturel. Entré à la direction de Moma Group, un des leaders de l’événementiel en France, il a par exemple organisé au printemps 2019 la convention du syndicat Première Ligue (regroupant dix-sept des vingt clubs de Ligue 1) dans un hôtel monégasque.


« Vincent est courageux, il a pris un sacré job », a d’ailleurs salué le président de Première Ligue, son ami Bernard Caïazzo. Mais tout le monde ne partage pas l’enthousiasme du président du conseil d’administration de l’AS Saint-Etienne. Choisi par 15 voix contre 10 à Denisot par le conseil d’administration, Labrune n’a obtenu que 48 % des suffrages devant l’assemblée générale de la Ligue. Un résultat étriqué et qui souligne que sa désignation passe mal auprès de certains dirigeants.

Traité de « guignol » par Jean-Michel Aulas

Lors de son passage à l’OM, l’homme s’est aussi fait quelques ennemis irréductibles. A commencer par Jean-Michel Aulas. En septembre 2015, le président de l’Olympique Lyonnais réglait ses comptes avec son homologue à l’issue d’un OM-OL tendu : « J’ai dit à Labrune que c’était un guignol et qu’il durerait moins longtemps qu’il ne le pensait dans le foot. » En guise de mot de bienvenue, « JMA » a invité Vincent Labrune à de « l’humilité » en raison de son score inférieur à 50 % devant l’assemblée.

Si l’ancien dirigeant marseillais souhaite être le président de l’apaisement, il va déjà devoir commencer par solder ces vieilles rancœurs. Loin d’être gagné dans le cas d’un Aulas qui menace toujours de poursuivre la LFP en justice et de lui réclamer 117 millions d’euros d’indemnités pour son club en raison de l’arrêt de la saison alors que l’OL n’occupait pas une place européenne.

L’autre gros dossier est la réforme de la gouvernance d’une Ligue qui doit réaffirmer son indépendance et son autorité face à des clubs surtout soucieux de défendre leurs intérêts personnels. La tâche s’annonce délicate. Labrune risque de composer entre des « gros » désireux de pousser à la création d’une société commerciale sur le modèle du championnat anglais, et des « petits » préoccupés par une juste répartition des droits TV.


Mais avant tout cela, le nouveau président cherche un directeur général, un poste stratégique au sein de la LFP. Labrune aurait bien maintenu Didier Quillot, mais ce dernier n’était plus en odeur de sainteté auprès de certains présidents et avait annoncé qu’il ne s’accrocherait pas à son poste. Deux profils « maison » sont évoqués pour lui succéder : ceux d’Arnaud Rouger directeur des activités sportives (jusqu’à sa démission récente) et de Mathieu Ficot, chargé des droits médias à la LFP. L’heureux élu devrait être connu dès ce vendredi.