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LES PREDATEURS FONCIERS REPRENNENT DU SERVICE

LES PREDATEURS FONCIERS REPRENNENT DU SERVICE

Aujourd’hui, le littoral qui longe l’avenue Pasteur en passant par la clinique du Cap jusqu’à l’ancien palais de Justice, est affecté par cette prédation foncière au même titre que toutes les autres zones de la corniche de Dakar.

Les alertes et autres complaintes des associations de protection du littoral n’ont servi à rien. Les prédateurs fonciers continuent de plus belle de construire sur le littoral sénégalais en violation de la loi sur le domaine public maritime. Aujourd’hui, le littoral qui longe l’avenue Pasteur en passant par la clinique du Cap jusqu’à l’ancien palais de Justice, est affecté par cette prédation foncière au même titre que toutes les autres zones de la corniche de Dakar.

On n’en parle pas souvent ; mais le littoral qui longe l’avenue Pasteur est aussi affecté par la prédation foncière que les autres zones côtières de la capitale sénégalaise. Les constructions poussent déjà comme des champignons derrière la clinique du Cap au bord de la mer. Dans ce relief accidenté où les moindres espaces sont prisés et courus, les chantiers sont très avancés. Un long mur est tracé le long du littoral sur cette partie de la capitale afin de quadriller le peu de lopins de terre utilisable. Une manière d’éloigner les regards indiscrets sur ce qui se fait dans ces espaces idylliques.

En dehors d’un petit couloir aménagé avant la clinique du Cap, aucune voie d’entrée ne permet d’accéder à la mer et aux roches mitoyennes. D’ores et déjà, les promoteurs immobiliers sont d’ailleurs en train de mettre en vente les premiers appartements «haut standing» déjà habitables. «Ocean Five», «Résidence Bellevue», «Résidence du Cap», les immeubles rivalisent par la belle l’architecture et la qualité de la construction.

Des maisons et des appartements de luxe pieds dans l’eau en toute violation de la loi sur le domaine public maritime. En effet, la loi sur le domaine public maritime n’autorise que les constructions à titre précaire comme les baraques et autres bris de fortune qui ne peuvent être transformés en titre foncier. Selon l’architecte Pierre Goudiaby Atepa, joint au téléphone, il n’est possible de faire des constructions de cette nature qu’après avoir déclassifié la zone pour cause d’utilité publique. «C’est dommage. Les autorités ont déclassifié la zone pour cause d’utilité privée. Et ce qui est en train de se faire est foncièrement illégal. Notre association ‘’SOS Littoral’’ a pris des avocats pour défendre ces espaces occupés illégalement», confie Monsieur Goudiaby Atepa.

Dans la foulée, il révèle qu’il y a deux ans, des démarcheurs lui avaient proposé deux hectares dans cette zone à 20 milliards Fcfa. «Je me suis fait passer pour un acheteur et je leur ai demandé le prix. J’ai voulu savoir la personne qui est derrière ; mais le démarcheur a refusé de me donner le nom prétextant qu’il y a de grandes autorités derrière», explique-t-il

UNE HAUTE AUTORITE DANS LE GANG

Toutefois, l’architecte trouve qu’il y a pire du côté de l’hôtel «Le Virage» où le propriétaire a construit sur l’eau en prétendant détenir un titre foncier sur la mer. «Cela m’énerve! Comment peut-on avoir un titre foncier sur la mer», peste-t-il avant d’accuser la DSCOS de n’avoir pas fait son boulot correctement. «Il y a deux ans, on a organisé une conférence de presse à laquelle on a convié la DSCOS. Non seulement elle n’a jamais répondu, mais on se rend compte aujourd’hui qu’elle encourage ces constructions en dur. Les vendeurs d’objets d’art le long de la corniche sont venus me voir avec une lettre de la DSCOS qui leur a demandé de déguerpir le 5 novembre (Ndlr : aujourd’hui). La DSCOS déguerpit ces installations précaires pour céder les lieux à quelqu’un qui veut construire une clinique», renseigner-t-il pour le déplorer. En définitive, l’architecte estime que ces prédateurs fonciers tirent leur force de la corruption. «Nous avions déposé une plainte à l’OFNAC. Mais depuis que Nafi Ngom est partie, aucune suite n’a été donnée à notre dossier. En tout cas, on n’a plus de nouvelles », dit-il. D’ailleurs Pierre Goudiaby Atepa dit être fatigué de l’inertie des Sénégalais face à ce fléau et il a l’impression qu’ils ne mesurent pas la gravité de ce qui se passe sur le littoral. «Je suis allé jusqu’à commettre un avocat pour prendre en charge ces dossiers, mais cela n’avance pas. Parce que ceux qui doivent prendre les décisions refusent de prendre les décisions. Et quand il s’agit de manifester, les Sénégalais ne sortent pas», s’est-il désolé.