Politique

COVID-19 ET LE CONFINEMENT DES POPULATIONS EN AFRIQUE, ET SI ON CHANGEAIT DE SLOGAN

COVID-19 ET LE CONFINEMENT DES POPULATIONS EN AFRIQUE, ET SI ON CHANGEAIT DE SLOGAN
Par Abdarahmane Wone

Que faudrait-il dire et comment le dire ? Sachant qu'entre deux mots il faut un troisième, il serait bien de bouleverser le schéma classique de la communication qui veut qu’il y’ait un émetteur et un récepteur.

"Restez chez vous !". Traduit dans différentes langues et déclinaisons, le slogan arboré partout depuis les premières semaines de manifestation du coronavirus, aurait permis de freiner la propagation de la Covid-19. Mais pas que. Il a suscité de nouveaux réflexes et en plusieurs endroits, créé des tensions familiales dans ses pays de naissance et de rigoureuse application. La monnaie de la pièce. Il n’est pas fait état dans nos micros Etats par exemple, de cas de crises dans les ménages, découlant du confinement.

Maintenir la ¨distanciation sociale¨ est encore plus à problème, transférée sous les tropiques. Par distanciation sociale, on nous inviterait à nous éloigner les uns des autres. D’abord dans sa formulation et ensuite son contenu, ce slogan jumeau de l’autre pose question. Comment donc demander à des populations qui abhorrent l’individu pour valoriser la communauté, de subitement ériger des barrières entre les personnes ? Voudrait-on parler d’espace que c’est déjà difficile pour des populations qui partagent tout, se serrent partout, se serrent la main même sans se connaître.

On peut admettre que l’urgence commandait de ne pas perdre plus de temps, alors que le virus faisait déjà des milliers de victimes dans des pays aux moyens plus conséquents pour faire face. En temps de guerre, l'action est souvent privilégiée sur la réflexion. La lutte contre la pandémie CORONAVIRUS n'a pas fait exception. Pressées par la conscience de la dangerosité et des menaces de la Covid-19, nos autorités ont sauté sur des concepts et slogans conçus ailleurs. Chez les premiers impactés et conséquemment les premiers sur le champ de bataille, cela va de soi. Mais avons-nous vraiment réfléchi à leur adaptabilité sous les tropiques, dans nos contrées ? Nous avons eu pourtant, l’occasion de voir venir depuis les premières vagues de morts en Europe, plus proche de nous.

Concepts inadaptés

Si le « Rester chez soi » a eu l’effet attendu en Occident, en invitant les populations à se confiner, il n'est pas dit qu’il a prospéré en Afrique, où pourtant le virus tarde à s’imposer. Mais ceci ne suffit pas à expliquer cela. Nous sommes simplement dans des réalités et contextes sociaux différents. Transmis tel quel, le slogan pourrait être perçu comme discourtois et même asocial, dans une certaine mesure.

La formule « Restez chez vous » met en relief deux entités communicationnelles distinctes : l’émetteur et le récepteur.

En l’espèce, la première entité assène à la deuxième, l'obligation pour elle de ne pas sortir. Dans le contexte africain, demander à son frère, sa sœur, son cousin, sa tante ou ses voisins de s’abstenir de nous fréquenter pourrait être mal pris ou en tout cas mal compris. Car dans notre imaginaire et dans certains milieux encore, dans l’Afrique des profondeurs, nous ne faisons pas de différence entre chez soi et la maison d'un des nôtres. Basées sur des valeurs de cordialité, de solidarité et d’hospitalité, les relations au sein des communautés ne prévoyaient jusque-là pas, que l’on puisse demander à un proche de rester chez lui, donc de ne pas nous déranger.  Ce concept devient plus aberrant s'il est prononcé dans nos villages et campagnes où le sens de la communauté reste encore très fort.

Comment le faire ?

Que faudrait-il dire et comment le dire ? Sachant qu'entre deux mots il faut un troisième, il serait bien de bouleverser le schéma classique de la communication qui veut qu’il y’ait un émetteur et un récepteur.  Fusionnons-les en nous adressant à nous-même, en étant à la fois les auteurs et destinataires du même message.

Utilisons le « Nous » collectif qui a l’avantage d’être inclusif au lieu du « Vous » exclusif et qui serait ressenti comme un ordre que l’on assène aux autres de ne pas nous fréquenter. Pourquoi dès lors ne pas choisir d’impliquer le donneur d’ordre par une formule plus inclusive : « Restons à la maison » ou une formule similaire.

Tout en continuant de réfléchir ensemble aux meilleurs moyens de communiquer pour barrer la route à la pandémie en ayant à l’esprit l’importance d’humaniser les liens sociaux, disons à toutes et à tous « Restons à la maison » pour nous protéger de la COVID 19 et de son corolaire de malheur.

Abdarahmane Wone

Spécialiste en Communication