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LA CES RECLAME UNE DETTE DE 47 MILLIARDS A LA SENELEC

LA CES RECLAME UNE DETTE DE 47 MILLIARDS A LA SENELEC

Depuis le démarrage des activités en octobre 2018, la Centrale électrique de Bargny fournit de l’électricité à moindre coût à la Senelec (Ndlr : 56 Fcfa le Kw) conformément à son objectif de combler le gap énergétique dont souffre le Sénégal.

La Senelec refuse de payer ses factures. C’est du moins ce qu’ont soutenu les actionnaires de la Compagnie d’électricité du Sénégal (Ces), en marge d’une visite guidée effectuée hier dans les installations de la centrale à charbon de Bargny, l’une des plus grandes centrales en Afrique de l’ouest. A en croire l’administratrice générale de la Ces, Hiba Sabbagh et ses collaborateurs, la Senelec leur doit une ardoise qui s’élève à 47 milliards Fcfa. C’est pourquoi la Ces a invité l’état du Sénégal à actionner la société nationale d’électricité pour qu’elle respecte ses engagements envers elle. Ce, conformément au mécanisme de garantie qu’il a émis à leur profit.

Depuis le démarrage des activités en octobre 2018, la Centrale électrique de Bargny fournit de l’électricité à moindre coût à la Senelec (Ndlr : 56 Fcfa le Kw) conformément à son objectif de combler le gap énergétique dont souffre le Sénégal. De cette date à juillet 2019, elle a fourni 400 mille MW valorisés à 40 milliards de Fcfa à la Société Nationale d’électricité qui les a distribués à ses consommateurs. Toutefois, d’après la CES, de cette date à aujourd’hui, ils n’ont reçu aucun centime de la Senelec. «Entre octobre 2018 et juillet 2019, 17 milliards de facturation sont en instance et encore non payés. Comme le contrat prévoit que dès que la centrale est disponible, le compteur de facturation démarre, cela veut dire que de novembre 2019 à fin juillet 2020, la CES a envoyé à la centrale environ 30 milliards de facturations en plus de ces 17 milliards. Ce qui fait un total, à la date d’aujourd’hui, de 47 milliards », a révélé le responsable pour les finances et administrateur adjoint à la CES Malick Seck.

Par ailleurs, dit-il, entre juillet et novembre, il y avait eu des interventions d’entretien auprès de la centrale. Et à partir du 27 novembre 2019, la centrale est redevenue disponible après quelques mois d’interruption afin d’effectuer des travaux de maintenance corrective. Depuis cette date, renseigne-t-il, ils ont fait appel à la Senelec pour pouvoir reprendre. Mais, indique-t-il, jusqu’à présent il n’y a pas eu de compromis par rapport à ce redémarrage.

Avant de rappeler à la Senelec son unique client que la centrale électrique est entièrement exploitable et en mesure de produire de l’électricité de manière efficace et à moindre coût. En outre, fait-il savoir, le contrat prévoit la mise en place d’un comité d’exploitation chargé de régler tout ce qui est problème technique ou d’interprétation du contrat. A noter, selon les termes de Malick Seck, que la Compagnie d’Electricité du Sénégal est liée à la Senelec pour un contrat de 25 ans. « Depuis le début, nous avons noté des défaillances par rapport à l’interprétation du contrat. Quand je dis défaillance, c’est par rapport à l’interprétation du contrat. Et c’est même la source des problèmes », déplore-t-il. Quant à l’interprétation même d’une unité de base, explique-til, une centrale comme celle-là, c’est une seule unité qui fait 125 MW. D’ailleurs, ajoute-t-il dans ses explications, au terme du contrat, la CES ne peut vendre qu’à la Senelec. Dans le même esprit, l’administrateur adjoint signale une autre défaillance.

A ce propos, dit-il, avant même le démarrage du projet en octobre 2018, la Senelec devait mettre à la disposition de la centrale une lettre de crédit. Cette ligne de crédit, note Malick Seck, était censé couvrir toute défaillance de paiement de la Senelec. «Comme la centrale a démarré en octobre 2018, la ligne de crédit devait être mise en place en novembre 2018, c’est-à-dire un mois après comme prévu dans le contrat. A la date d’aujourd’hui, cette ligne n’a jamais été mise place », fustige-t-il. Ce qui explique, dit-il, le fait qu’ils n’ont pas la possibilité d’aller à la banque et de tirer sur cette ligne de crédit pour couvrir les défaillances d’éventuels paiements de la part de la Senelec. Par ailleurs, assure-t-il, cette ligne de crédit devait avoir environ 6,5 milliards. Par conséquent, regrette-t-il, c’est ce qui fait que la Senelec peut se permettre de ne pas honorer ses engagements. Car la CES n’a pas d’autres moyens pour lui faire payer sa dette conformément au terme du contrat.

UNE CRISE FINANCIÈRE SANS PRÉCÉDENT

Par conséquent, cette situation risque de plonger la Compagnie d’Electricité du Sénégalais composée de capitaux d’étrangers et de nationaux dans la tourmente. «Nous sommes confrontés à un sérieux problème de fonctionnement. Parce que la centrale a démarré en octobre 2018 et, à nos jours, n’a encore reçu aucun paiement de la Senelec à part des remboursements des consommations de charbon qui sont prévus dans le contrat », fait-il savoir. Mieux, il est à noter également que la facturation est la seule source de la Compagnie d’Electricité du Sénégal. Actuellement, renseigne Malick Seck, ce sont uniquement les actionnaires qui sont en train de mettre la main à la poche pour assurer la continuité de l’exploitation et le salaire des 150 travailleurs qui sont sur place.