Divertissement

Voici les femmes Imam, Pasteur et Rabbin...

Voici les femmes Imam, Pasteur et Rabbin...

« Si les religions sont machistes et misogynes, c’est parce qu’elles sont fort anciennes. Elles reflètent les préjugés des sociétés patriarcales où elles sont nées », estime le philosophe André Comte-Sponville*. A moins que les femmes ne parviennent à s’y faire une place? « Seul le protestantisme autorise l’ordination des femmes. Sous quel prétexte serait-elle évincée des autres religions monothéistes ? », s’insurge Hélène Pichon, auteure d’un manifeste pour l’égalité hommes femmes dans la sphère du religieux. Si les femmes pasteurs sont reconnues à l’égal des hommes dans les églises luthériennes et réformées depuis les années 60, la religion catholique refuse toujours à la femme sa place à l’autel de Dieu. Le Pape François a créé une commission d’études, en 2016, chargée d’examiner le rôle des femmes diacres …. au début du Christianisme. Au sein du judaïsme, c’est dans le mouvement libéral – exclusivement – qu’apparaît, en France, la première femme rabbin en 1990. Elles sont désormais quatre dans l’Hexagone. On en compte une cinquantaine en Europe et plus de 800 dans le monde.

C’est également par l’approche libérale que plusieurs femmes veulent faire évoluer l’islam, rien dans les textes ne leur interdisant de diriger la prière. Ainsi, deux trentenaires converties ont créé les Voix d’un islam éclairé (V.I.E.), un mouvement pour un islam spirituel et progressiste. « L’obstacle à l’imamat des femmes n’est ni religieux ni théologique, mais culturel et psychologique », estiment Anne-Sophie Monsinay et Eva Janadin** qui ont récemment prêché devant une assemblée mixte, à Paris. « Il est temps que les musulmanes se fassent entendre. Le Coran a trop longtemps été lu avec des lunettes d’hommes. Les textes peuvent être interrogés autrement », ajoute l’islamologue Kahina Bahloul qui projette d’ouvrir une mosquée inclusive à Paris où hommes et femmes prieraient côte à côte, comme cela se pratique à Londres ou Berlin. A Copenhague, il existe même une mosquée 100% féminine. « A travers leurs visions portées sur les écritures saintes, leurs prêches prennent une autre dimension, plus féministe. La femme est l’avenir du judaïsme, de l’Islam et de l’Église « , résume Hélène Pichon. Elles sont en train de le prouver. * Le Monde des religions, 2013; AFP, septembre 2019; (1) Le Point, janvier 2019.

Daniela Touati, 53 ans, rabbin à Lyon: “ J’apprécie l’approche plus égalitaire »

« A 25 ans, j’ai commencé à fréquenter la synagogue libérale, à Paris, où j’ai rencontré mon mari. Je me suis reconnue dans ce courant, séduite par l’approche revisitée des textes et l’égalité entre hommes et femmes. À l’instar des garçons, les filles peuvent faire leur communion, en lisant la Torah*. J’apprécie cette ouverture et l’accueil réservé aux personnes souvent à la marge dans les synagogues traditionalistes : couples mixtes, homosexuels…Après avoir exercé des responsabilités laïques au sein de la synagogue libérale à Lyon, j’ai voulu devenir rabbin. À 48 ans, après une carrière dans le marketing et le recrutement, je suis partie en Angleterre suivre des études rabbiniques. Parmi les fidèles, les femmes sont majoritaires. Elles n’acceptent plus d’être évincées et trouvent ici leur place. Si mes prêches ne sont pas si différents de ceux des hommes, je suis plus sensible à certains sujets. J’ai ainsi évoqué la mobilisation Metoo durant un sermon. » *Premier testament

Dominique Hernandez, 56 ans, pasteur à Paris: « Les femmes se confient plus facilement »

“Ma vocation a été tardive. Après des études d’orthoptie, c’est à 27 ans, après la naissance de mes trois enfants, que je me suis sentie appelée à me mettre au service de l’Évangile. Pendant cinq ans, j’ai suivi une formation de théologie protestante. Ce temps d’étude m’a fait progresser personnellement. J’ai commencé à prêcher et à assurer des services pour des baptêmes et des mariages, lors d’un stage. Aujourd’hui, c’est un « métier » à temps plein. J’ai à cœur de prêcher à partir de textes bibliques dans lesquels les femmes agissent et témoignent. C’est une façon de rendre hommage aux premières femmes pasteurs qui ont ouvert la voie. Souvent, je remarque que les femmes sont plus à l’aise pour se confier à moi sur leurs difficultés personnelles. Quant aux remarques sexistes, elles sont de plus en plus rares ! Mais, quand j’y suis confrontée, je ne laisse pas passer : ma mission est aussi d’ouvrir le dialogue.”

« Nous avons besoin de leurs sensibilités et visions »

Hélène Pichon, directrice des relations avec les institutions au CEPS (Centre d’Étude et de Prospective Stratégique)

« Des millénaires de traditions patriarcales ont chassé le féminin des lieux de culte et des lectures. Pourtant, dès la Genèse, il est écrit que Dieu créa l’homme et la femme, sans hiérarchie et à son image. Aux yeux du Christ, ils étaient parfaitement égaux. D’ailleurs, les textes accordent une place très importante aux femmes auprès du Christ, lors de la crucifixion ou de la résurrection avec Marie-Madeleine. Une Église, un judaïsme, un Islam où les femmes sont marginalisées sont une Église, un judaïsme, un Islam, stériles. L’humanité atteindra sa pleine maturité lorsque la femme pourra faire entendre sa voix au sein des hiérarchies religieuses. Dès que les femmes intègrent les instances du pouvoir religieux, elles y diffusent leur génie. Nos autorités religieuses ont besoin de leurs lumières, de leurs sensibilités, perceptions et visions. » *« L’Éternel au féminin, manifeste pour une nouvelle théologie de la libération », Édition Opinion internationale